• Laurianne V. Photographie

Enfanter le monde

Ce soir là, lorsque j ai entendu sonner le téléphone, j ai su que l'attente de ces derniers jours prenait fin.

J'ai pris le temps de me changer, de manger, de vérifier une dernière fois mon matériel. Je n'ai pas attendu longtemps ensuite "tu peux partir Laurianne". J'ai embrassé ma fille, mon mari, et je suis sortie.


Dehors, je me suis enfoncée dans une brume cotonneuse, silencieuse. C'était comme si la forêt avait chuchoté aux arbres de taire le bruissement de leurs feuilles, et au vent de cesser son murmure. C'était comme si la forêt retenait son souffle.


Je suis arrivée.


Je frappe doucement à la porte. Justine m'ouvre et me chuchote de me préparer dans la cuisine. Par terre, des bâches protègent le sol. Dans la cuisine une piscine est gonflée, vide pourtant. Partout, ce silence, ces pas feutrés, cette langueur, cette attente.

La sage-femme est déjà là. Elle me dit de me presser.


J'entre dans la chambre, qu'une ligne de néon éclaire tendrement. Douceur, chaleur.


Les deux femmes aident Svetlana à s'allonger sur le lit, un peu de côté. Alexis s'approche d'elle, pose ses mains sur son front, son visage tout près du sien.

J'aperçois les serviettes, les bâches sous les draps, le monito sur son joli ventre rond.


"Pousse Svet ! "


Un cri déchire le silence. Le cri d'une femme, puissante, le cri d'une femme qui depuis la nuit des temps enfante, le cri d'une femme qui va donner la vie.

Je les vois qui s'agrippent l'un à l'autre. Svetlana pousse, son visage se crispe, sa main serre celle d'Alexis.


Tout se passe si vite.


On aperçoit la tête... elle pousse encore, voilà, trois fois...


Ils sont sonnés, étourdis. Leur bébé, déjà là. Je vois les larmes d'Alexis, je sens leur émotion à tous les deux. Ils ne réalisent pas encore.


Elle est belle, déjà presque rose, toute potelée, les yeux grands ouverts. Bienvenue, petite Alma.


Tout de suite la voici contre sa maman, son monde, sa maison. On aide Svetlana à retirer son T-shirt et Alma se love contre sa peau.


On félicite Svetlana. Elle n en revient pas. Lui non plus. "Tu l as fait!" "Tu as géré "! " Je suis fière" dit humblement Svetlana. Elle qui craignait la douleur l'a faite sienne, l'a laissée la guider jusqu'à sa fille, l'a laissée la submerger, parfois, pour la porter jusqu'à la fin.


La main de justine, son amie de toujours. Le visage de son mari contre le sien.


"Pousse pousse, encore ! " Svetlana, à bout de souffle "Je ne peux plus ! " "C est bon, c est fini ! "


Majestueux placenta, arbre de vie, poumon aquatique, gorgé de sang, d'amour liquide.

Quelques minutes encore pendant lesquelles Alma profite de ses derniers battements.

Alexis tâtonne un peu, cherche le bon angle, puis coupe le cordon.


Ventre tout vide. Il faudra plusieurs jours pour se faire à cette sensation, à ce ventre qui s'est agrandit et qui soudain se vide.


La sage-femme prend un instant pour regarder le périnée, à peine une éraillure. Ses doigts de fée ont accompagné à merveille cet enfantement.

Il est temps de préparer un nid douillet aux heureux parents. On les fait sortir du lit un instant,

Alexis prend Alma pour la première fois contre son torse, tandis que Svetlana s'assoit à leurs cotés. Il la regarde tendrement, l'embrasse, la chérit déjà.

Le lit est refait. On en profite pour peser Alma qui proteste un peu : 4,080 kg. On lui passe sa première couche et il était temps... comme dirait ma fille de 22 mois, coutumière du fait, "caca patout patout " !

Puis, tous les trois se retrouvent à nouveau dans le lit.


Boire. Manger. Réaliser. Profiter. Envoyer des messages. Prévenir tout le monde. Partager sa joie, son amour, son bonheur, son étourdissement, sa douleur, son émerveillement... même si les mots ne sont pas à la hauteur, qu'ils s'échappent, glissent, se perdent parfois, tant pis, on en retient quelques uns et on les envoie.

Temps suspendu. Bulle d'amour impénétrable.


Les petits moments se succèdent. Garder la silhouette du placenta pour toujours. Serrer le bassin. Aller aux toilettes. Revenir. Écouter les recommandations, infirmière, médecin, mairie, sage-femme...

Les jours prochains, ils ne seront pas seuls.


Et voilà. C'est déjà l'heure de repartir pour moi. Demain, ce sont deux petites filles qui

rencontreront leur sœur, dans la douceur et la chaleur de leur cocon.


On referme la porte sur eux. Le plus beau reste à venir : la vie


(Et les petites nuits)






Svetlana et Alexis, je vous suis tellement reconnaissante de m'avoir permis de vivre ça avec vous. Un immense MERCI.

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